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Lunedì 28 Maggio 2012 07:02

Sénégal : La politique, le bourbier des religieux?

Scritto da  Amayi Badji
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«Qui s'y frotte s'y pique ». C'est la rhétorique que servait le marabout politicien Cheikh Béthio Thioune alors qu'il était le tout puissant souteneur du Président en place, Me Abdoulaye Wade. Mais, l'alternance politique et la mort de deux (2) personnes dans sa propre demeure ont changé la donne. Périclitant le guide religieux dans un tumulte médiatique et judiciaire à l'image de plusieurs autres chefs religieux sénégalais qui se sont frottés à la politique.

maraboutLe 25 avril 2012, le guide religieux mouride, une des deux principales communautés religieuses musulmane du pays, Serigne Cheikh Bétio Thioune est écroué par le juge du tribunal de Thiés pour homicide volontaire avec actes de barbaries, détention d'armes sans autorisation, d'association de malfaiteurs, de recel de cadavres etc. Cela après 48 heures de garde à vue pour une enquête sur la mort de 2 de ses disciples, Bara Sow et Ababacar Diagne. Tabassés à mort dans l'enceinte de la maison du guide religieux à Keur Samba Laobé, un petit village sur la petite côte du Sénégal à quelques encablures de la station balnéaire de Saly dans la région de Thiés, ces 2 disciples du marabout seront transportés dans des voitures du parc automobile du guide avant d'être enterrés en catimini par d'autres disciples, les «Thiantacounes». En plus du guide religieux, 79 de ses disciples ont été interpellés par les forces de l'ordre et une partie d'entre eux libérés. L'affaire sera traitée comme un dossier spécial du fait des rapports heurtés entre le marabout et le nouveau président de la république, Macky Sall. Durant la campagne électorale de la présidentielle passée, Cheikh Béthio Thioune avait ouvertement soutenu le rival de l'actuel locataire du Palais de la République, Me Abdoulaye Wade. Le traitement particulier dont bénéficie tous les chefs religieux de sa tempe ne sera pas opérant pour le guide des « Thiantacounes » qui est interpellé chez lui et transporté manu militari au poste de police. Ses partisans crient au scandale en agitant la thèse du règlement de compte politique. « Le Cheikh n'a rien fait. Même si les événements se sont passés chez lui, il n'a pas donné l'ordre de tuer ces talibés encore moins de les enterrer dans la foret », a affirmé un de ses représentants. Ce « cas Cheikh Béthio » devient donc la première grosse affaire sous le magistère du nouveau président de la République, Macky Sall. Mettant en rapport une fois de plus le monde religieux et celui politique dans un contexte post électoral marqué par une volonté de lutter contre l'impunité.

De Cheikh Ahmeth Sy à son, fils Moustapha, la prison comme chatiment

En 1963, Cheikh Ahmet Tidiane Sy, un marabout appartenant à la famille Tidiane, une des deux plus importantes au Sénégal sera mis en prison du fait de ses activités politiques. Avec sa formation politique le parti de la solidarité sénégalaise (Pss) il a adopté une position très critique envers l'ancien Président de la République Léopold Sédar Senghor qu'il a traité de tous les noms d'oiseaux après les événements de 1963. En effet, durant cette période, l'autorité du Président de la République est contestée par le Président du Conseil, Mamadou Dia. Le parti pris du marabout politicien lui sera fatal car, c'est le rival de son favori qui va remporter le duel au sommet de l'Etat. Mamadou Dia sera interpellé et mis en prison pour tentative de coup d'Etat ainsi plusieurs de ses lieutenants dont Cheikh Tidiane Sy. En dépit des pressions de sa famille il fera 11 mois de bagnes. Le pouvoir en place ayant subtilement fait alliance avec l'autre famille religieuse du pays, les mourides, pour consolider son assise.

Suivant les traces de son père, Serigne Moustapha Sy, un autre marabout Tidiane sera l'objet de poursuites judiciaires. Les faits se sont passés en 1993 toujours après les élections présidentielles. Durant ces joutes, le candidat socialiste au pouvoir, Abdou Diouf est déclaré vainqueur de l'élection après des contestations violentes de l'opposition menée jadis par Me Abdoulaye Wade. Serigne Moustapha Sy sera reconnu responsable des troubles à l'ordre public avec son mouvement de jeune les «Moustarchidina Wal Moustarchidaty». Ce mouvement sera dissout par les autorités et ses membres persécutés durant quelques années par la police revancharde après la mort de 5 de ses éléments le 14 février 1994 lors d'une manifestation de jeunes qui réclamaient la libération de leur guide. Néanmoins, le mouvement continuera d'exister clandestinement sous la férule d'autres membres de la famille. Qui vont soutenir l'adversaire du Président en place jusqu'à son accession au pouvoir en 2000.

Serigne Modou Kara: bon prêcheur, mauvais politicien

Serigne Modou Kara est un marabout mouride qui a connu une ascension fulgurante dans la sphère politique grâce à ses milliers de disciples. Il a regroupé et mis sur le droit chemin plusieurs jeunes sénégalais en manque de repères sociaux et économiques. Fort de cela, il va soutenir le candidat Abdou Diouf en 2000 lors de l'élection présidentielle face à Abdoulaye Wade. Mais, le premier cité va perdre les élections. Entrainant une perte de crédibilité du guide religieux qui sera mise à mal par quelques unes de ses affirmations de campagne. Pour se rattraper, il va soutenir le candidat Wade en 2007. En 2012 il misera, encore une fois, sur le mauvais cheval en mettant en doute la probité de celui qui va devenir le futur président à savoir Macky Sall.

Khadim Bousso: l'agneau du sacrifice ?

En 2006, c'est un autre marabout mais affairiste, cette fois ci, qui aura maille à partir avec le pouvoir politique. Khadim Bousso est son nom. Le chef religieux de la communauté mouride refusera d'obtempérer avec la justice qui lui reprochait des manquements financiers. L'homme d'affaires, sera placé sous mandat de dépôt à la maison d'arrêt et de correction de Rebeuss. Mais il s'évadera lors de son transfert au pavillon spécial à l'hôpital Aristide Le Dantec de Dakar pour aller se réfugier à Touba auprès du khalife général de mouride. Il se donnera la mort selon la version officielle lors de son interpellation suite à une réquisition d'incarcération et un mandat d'arrêt du juge. Cependant, une rumeur insistante a mis sa mort sur la volonté du président Abdoulaye Wade de montrer qu'il été à équidistance entre les familles religieuses du pays. En effet, juste avant cette histoire l'ancien premier ministre Idrissa Seck, membre de la communauté Tidiane a été interpellé et mis en prison pour des soupçons de détournement de biens publics. Khadim Bousso a donc servi de gage pour certains à la communauté Tidiane qui se sentait lésée par le pouvoir en place.

Niassénes et Layénes n'y ont pas échappé

En dehors des deux grandes familles religieuse du pays que sont les mourides et le tidianes, d'autres familles religieuse toutes aussi puissantes mais de moindre importance ont été secouées par un accompagnement avec le pouvoir en place. Ainsi, les Niassénes de Kaolack au centre du Sénégal verront la sortie de leur khalife général  Chiekh Tidiane Niasse amenée une scission de leur famille. Sollicitant le retrait de la candidature d'Abdoulaye Wade après la campagne électorale meurtrière de février dernier, l'un de ses petits-fils à savoir, Ahmeth Khalifa Niasse, va sonner la dissidence en affirmant qu'il ne reconnait plus l'autorité de Cheikh Tidiane Niasse. Déclarations qui vont lui valoir une visite de talibés de la même famille qui vont incendier sa maison et lui interdire l'accès à leur cité religieuse jusqu'à nouvel ordre. Ahmeth Khalifa Niasse étant un politicien et l'un des principaux alliés de Me Abdoulaye Wade.

Ce même problème touchera la communauté layéne, une famille religieuse qui vit à Dakar et dans quelques poches des régions côtières du Sénégal. L'engagement politique du fils ainé, Seydina Issa Laye, aux côtés de l'ancien président Abdoulaye Wade obligera le guide religieux à prendre position en faveur du gouvernement dans le conflit qui l'oppose à sa propre communauté. Attitude de mauvais aloi quant on sait que c'est lui qui doit succéder à son père à la tête de la famille religieuse.

9 comments

  • Comment Link Ngoya Martedì 05 Giugno 2012 18:29 posted by Ngoya

    Les chefs religieux ou guides spirituels doivent s'abstenir de la chose. Ils ne doivent intervenir que quand les droits des citoyens sont bafoues.

  • Comment Link fafi Giovedì 31 Maggio 2012 15:15 posted by fafi

    le spirituel et le temporel ont toujours cohabité mais il faut savoir discerner. les chefs religieux sont considérés comme des modèles ou des guides. cependant il faut que ces chefs restent dans leur coin et ne pas se mêler des affaires politiques pour garder leur crédibilités auprès de leur disciples

  • Comment Link fafi Giovedì 31 Maggio 2012 15:15 posted by fafi

    le spirituel et le temporel ont toujours cohabité mais il faut savoir discerner. les chefs religieux sont considérés comme des modèles ou des guides. cependant il faut que ces chefs restent dans leur coin et ne pas se mêler des affaires politiques pour garder leur crédibilités auprès de leur disciples

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